Problèmes avec les cadeaux? Comment l’anthropologie pourrait vous aider

Êtes-vous de ceux qui se disent: «Cette personne a tout ce dont elle a besoin, qu’est-ce que je pourrais bien lui donner?» Si vous éprouvez cette difficulté, vous êtes probablement atteint de la maladie du chasseur-cueilleur, c’est à dire que croyez faussement qu’en 2017 l’animal humain nord américain moyen a encore des besoins matériaux non comblés. Il est donc nécessaire de vous rappeler que vos proches sont fort probablement dans une situation matérielle confortable et que vous vous trompez sur les fonctions du rituel du don. Mais si le cadeau ne sert pas à répondre à un besoin matériel, à quoi sert-il?

Une panoplie de fonctions au don sont recensées et connues par les anthropologues. Par exemple, selon Mauss: «Donner, c’est manifester sa supériorité, être plus, plus haut. Il y a aussi la fonction de flatter un supérieur afin de gagner ses faveurs. Mais oublions ces fonctions de hiérarchisation et de jeux de pouvoir pour se concentrer sur les fonctions qui peuvent être des pistes de solution pour le simple homo-québecus d’aujourd’hui que nous sommes.

Le don implique presque toujours une certaine recherche de réciprocité. En gros, si vous donnez, c’est qu’au fond de vous, vous aimeriez recevoir en retour. Ce n’est pas très vertueux, néanmoins, c’est une piste de solution importante. Donnez aux personnes de qui vous aimeriez recevoir. Vous aimeriez que votre amoureux vous donne un cadeau? Donnez-lui en un! Vous seriez mal à l’aise de recevoir un cadeau d’un collègue à qui vous parlez rarement? Ne lui en donnez pas ! En réfléchissant bien, vous savez qui sont les personnes de qui vous seriez heureux de recevoir un cadeau car vous croyez le mériter de ceux-ci. Ce sont donc les même personnes à qui vous devriez songer à offrir un cadeau!

La réciprocité nous oriente aussi sur le type de cadeau à offrir. Donnez un cadeau d’une valeur émotionnelle ou monétaire équivalent à la valeur d’un cadeau que vous seriez raisonnablement heureux de recevoir de cette même personne. Pour cela, il faut néanmoins se respecter soi-même et savoir limiter les excès de générosité, qui peuvent être un symptôme d’une mauvaise estime de soi. Et ne vous bercez pas d’illusions. Si vous êtes de ces princes et princesses qui se croyez plus importants que vous ne l’êtes, un petit travail d’humilité serait à prendre en considération. N’ayez pas des attentes plus élevées que ce que vous offrez vous-même.

Mais outre la réciprocité, le don d’un cadeau a aussi pour fonction de dire à l’autre qu’il est important pour nous. Lui prouver qu’on pense à lui. À l’ère de l’individualisme parfois à outrance, la recherche du sentiment d’appartenance à un clan est peut-être plus important que nous le croyons. Il est humainement important d’être reconnu par l’autre. Offrir un cadeau est un rituel qui peut servir à symboliser la place que nous avons les uns pour les autres au sein de la tribu. Nous oublions trop souvent que nous sommes toujours un animal grégaire et que d’avoir le sentiment d’appartenir à un clan quel qu’il soit nous réconforte. Le rituel du don vient symboliser un «je compte pour quelqu’un, j’existe socialement.»

Et si vous tenez vraiment à offrir quelque chose qui répond à un besoin? Rappelez-vous que l’ homo-matérialistus a toujours besoin de se savoir aimable, important et apprécié. Vous pouvez combler ces besoins avec un cadeau bien trouvé. Bien loin de nous l’idée de promouvoir la consommation à outrance. Les cadeaux n’ont pas besoin d’être des biens de consommation à prix de fou.  De plus, ce n’est pas parce que la société de consommation profite des périodes de cadeaux qu’il faut les boycotter. Ce serait comme de jeter le bébé avec l’eau du bain! Le rituel du don existait bien avant les Amazon et Apple de se monde. D’ailleurs, les meilleurs cadeaux sont ceux qui symbolisent le concept de « j’ai investit du temps pour toi car tu comptes pour moi». Ainsi, le cadeau prémédité et fabriqué tout croche à la main mais «avec amour» et avec une bonne intention aura toujours plus de valeur que le cadeau acheté à la hâte à gros prix pour se débarrasser.

Réintégrons donc le rituel du don dans nos vies pour répondre aux vrais besoins des gens que nous aimons: de se sentir aimé, appréciés et importants pour quelqu’un, exister pour un clan, quel qu’il soit. Peut-être aussi pour nous exercer à sortir de nous-mêmes, à être généreux ou même égoïstement pour connaître la joie de donner tout simplement.

Geneviève Lemay

À lire aussi: http://litterairesaprestout.blogspot.ca/2014/12/la-notion-de-cadeau-petit-essai.html

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